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 L'Héautontimorouménos amphigourique

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Berugrian



Messages : 3
Date d'inscription : 10/11/2015

MessageSujet: L'Héautontimorouménos amphigourique   Lun 16 Nov - 17:27



L'Uromancie.


"Fourche-fichtre ..." glairait encore l'ancêtre en s'extirpant de son hamac pour la troisième fois de la nuit.
Après avoir enfilé ses bottes, il s'immobilisa et parcouru les ténèbres alentours au travers desquels seule perçait la lueur de la lune pour y décrire des formes indistinctes.
Quelque chose avait changé. Il n'arrivait pas encore à mettre le doigt dessus, mais cette impression l'avait soudain troublé.

"À une journée mouvementée, suit une nuit mouvementée" murmurait-il dans sa barbe pour s'enhardir, tout en cheminant silencieusement vers la porte du bâtiment où on l'avait généreusement logé.
Il l'avait découvert aujourd'hui; les mots avaient le pouvoir de le rassurer. Ils l'encourageaient face aux hostilités extérieures, et le détournaient de ce je-ne-sais-quoi qui ne tournait pas rond dans sa caboche...
Car c'était l'autre grande découverte du jour : Quelque chose ne tournait décidément pas très rond dans son esprit.

Ce n'est qu'en arrivant dehors, enfonçant ses bottes dans la terre boueuse, qu'il comprit d'où venait son impression troublante : la pluie venait de s'arrêter, et à son vacarme assourdissant succédait un silence écrasant.
Alors il se remit en marche, portant son regard sur les silhouettes énigmatiques d'Evigil l'endormie, l'esprit assailli d'histoires fantastiques et amphigouriques ... amphigouriques. Pépé se répétait ce mot, pour lui même, comme une solution, comme une prière :"Amphi-gou-rique, Amphigourique, Amphi ....gourique !"
Sur sa route, il reconnut, gravée dans la boue, la trace de ses deux précédent passages, il n'était plus très loin.

"Aaah.....!" exulta-t-il enfin en baissant son pantalon.
"Voilà beaucoup d'embêtement pour un si petit tonnelet..." Pissait-il en marmonnant, à l'abri des regards.
Alors, ne fût-ce qu’un instant, seul le tintement de la pissote contre la terre vint perturber la douce sérénité de la petite communauté Evigilans endormie.

Enfin libéré, il s'apprêtait à retourner à son hamac lorsque soudain un frisson lui lacéra la chair.
Que venait-il de voir ? quelle vision d'horreur ?
Le cœur tambourinant dans la poitrine, le front dégoulinant de sueur, il se pencha lentement, trouillé jusqu'à l'os, sur la flaque d'urine qu'il venait de commettre, et dans laquelle la lune se reflétait, blanche et immaculée... C'était lui même...  sa gueule impossible, déformée par cette cicatrice infamante et hideuse, venait d'éclipser la lune dans ce petit lac de pisse, scintillant et odorant.
Le bec cloué, il détailla longtemps du regard ce monstre qu'il se découvrait être...

La journée fut longue et difficile, sans ses souvenirs, il avait tâché, avec légèreté et humour pour ne pas se laisser happer par la peur, d'en apprendre plus sur lui même... Mais ça ... là ... Comment était-ce possible ? Et pourquoi ne l'avait-il pas su plus tôt .... pourquoi n'avait-il même pas cherché à savoir à quoi il ressemblait ? Qui était-ce putain de monstre dans son reflet ...?
Son expression horrifiée se reflétait en gueule horrifiante dans l'urine.
Il porta alors ses mains à son regard. Ces mains qui l'avaient déjà intriguées plus tôt... Ces mains aussi biscornues et dures que des souches d'arbres centenaires et aux paumes aussi rugueuses que de l'écorce.
Elles n'étaient pas faites pour caresser ou plaire, ces mains ... elles ne lui inspiraient que violence et lutte.

Titubant, malmené par le doute, il s'éloignait péniblement de son reflet, repensait à cette journée stupide qu'il maudissait, à son reflet stupide, qu'il maudissait, et à ses questions stupides, qui l'assaillaient.
Le Curieux, La Gardienne-prêtresse, la pêcheuse de Crocis, le petit-barbu-roux, la Causette et même l’expérimentatrice de la tour... ces gens étaient bons, et jusqu'alors il n'avait pas douté une seule seconde d'être des leurs. Mais ce reflet ...cette tronche, SA tronche et tout le reste !... Était-il vraiment l'homme avenant et rieur qu'il se crut être le temps d'une journée ?


Si certains, dans ce monde sans souvenirs, parvenaient à oublier le fantôme insaisissable de leur passé derrière la masque lisse de leur jeunesse, il découvrait que lui n'aurait jamais ce confort.
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Berugrian



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Date d'inscription : 10/11/2015

MessageSujet: Re: L'Héautontimorouménos amphigourique   Mer 18 Nov - 16:59

Les voix dans la tête du souterrain chimérique.


"La mer est un oiseau. La terre est un oiseau. Je suis un oiseau...
J'attèle mes sanglots aux rires des glouglous.
J'bouscule l'air autour de moi :"Fais moi une place, toi !" que j'lui dis ...
Mais même avec les narines toutes ouvertes, c'est parfois dur d'se gonfler la panse sans être écœuré.
Parce que l'air, il faut toujours s'en resservir une assiette, de l'air. Si t'arrêtes d'en manger, tu meurs. Alors, allez ! Mange ! Fait pas d'histoire, Moteur... Tout le monde doit manger sa part d'air... C'est comme ça !"

La nuit avait enveloppée le sanctuaire dans sa pénombre et ainsi soliloquait le vieillard, allongé à même le sol dans un recoin de la bibliothèque. Une pile de livres entreposée sur son ventre ballotait au rythme de ses respirations.

Cet exercice le détournait, pour quelques instants, de son anxiété et de ses craintes. Il trouvait du réconfort à évoquer à haute voix les extravagances que produisait son esprit par paquets de dix-mille. Et bien qu'il est conscience de toutes les nuances d'exaspération dont pourrait se teinter le visage d'un Curieux, ou de l'attention bienveillante mais angoissée d'une Almonen si l'un ou l'autre le surprenait ainsi, la bizarrerie de son attitude ne lui paraissait pas dépareillée de ce monde de fous.

Monde de fous, fabriqué par des déments, d'après un plan déraisonnable, pensait-il, tout en s'apercevant qu'il n'avait plus d'absurdité à dire, plus d'énormités chimériques à jacter, pénurie.
La source s'était momentanément tarie, et il resta allongé en silence un moment, le temps d'apprécier cette sérénité passagère.
Chaque jour apportait son lot de couleuvres à avaler et d'aventures dans lesquelles se jeter à pieds joints, poings liés et yeux bandés.

Aujourd'hui, ce fut la jungle, les petits démons, le grand arbre "Kkkaaaaarghh" et les voix dans la tête... Surtout les voix dans la tête.
Il en avait chialé et n'aurait pas hésité à se ranger ses deux dagues dans la caboche pour ne plus jamais les entendre, si Bobinette "Almonen" la rembobineuse n'était pas intervenue.
Des voix ...dans la tête... Fichtrerie !

Chassant ces mauvais souvenirs de son esprit, il ferma finalement les yeux.
Et s'imaginant les fantastiques aventures et les formidables trésors qui l'attendent sans doute dans le mythique souterrain de l'Abbaye, il sombra dans un profond sommeil.

".....ZZZZzzzzzZZZZZ.... attention ...voila les Garonas !... vite Curieux donne l'ordre aux glouglous de combat de charger ...! zzzzzZZZZzzzzzz"
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Berugrian



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MessageSujet: Re: L'Héautontimorouménos amphigourique   Mar 24 Nov - 21:17

Le pacte du brassard de cuivre


La nuit était claire, et la mer calme.
Et dans la nuit claire, seul sur la plage, il s'était assis pour contempler son reflet dans la mer calme.

Ce petit rituel était devenu pour lui une obsession. Comme un enfant, terrifié, ne peut s'empêcher de vérifier que le monstre sous son lit rôde toujours, prêt à l'attaquer à tout moment, il ne pouvait s'empêcher de s'infliger la vue du monstre hideux qu'il avait pour visage.
Un monstre, qui défigurait son sourire en grimace de chair aberrante, et ses chants en aboiements enroués. Son assurance devenait tourments, sa jeunesse se fissurait de rides et chaque fois qu'il cherchait ses ailes pour s'envoler par delà l'abîme de ses pensées, dans son dos ne poussaient que les courbatures.
Alors il restait, parfois de longues heures, immobile, incapable de détourner le regard de cette silhouette qu'il haïssait, témoignage d'un passé dont il ne pouvait qu'imaginer la monstruosité.
Mais la nuit était claire et la mer était calme et par cette nuit et par cette mer, son esprit se trouvait apaisé.

Une journée chargée d'allers-retours entre le marais et la forêt verte, à consulter Curieux et les forgerons Eviligans, avait permis à l'ancêtre d'aboutir à la fabrication d'un brassard en cuivre. Travail laborieux et malaisé, qui avait abouti à un résultat inégal, le dit brassard, maigre butin d'une dure journée de labeur, était une merde bonne à jeter.
Mais une merde surprenamment apaisante. Ce travail manuel avait su canaliser son esprit et chasser quelques unes des mille et une zouaveries qui étranglaient sa raison à chaque instant.
Mais surtout chasser le cafard de vivre dans les ruines d'un monde révolu.
Chaque édifice, chaque trace de civilisation, comme autant de pustules sur la face du monde, n'était aujourd'hui plus qu'un vestige, témoignage d'un passé insaisissable, au même titre que son apparence difforme.
Ces édifications du passé n'avaient plus de sens dans le monde présent. Le sanctuaire n'était qu'un refuge, les maisons éparses des forêt ou des plaines n'étaient que des silhouettes intrigantes dans le paysage.
Alors que ce brassard ...aussi merdique soit-il, il l'avait créé pour répondre à un besoin concret, et immédiat de ce monde. Ce monde absurde.

Ce monde absurde... se répétait-il, hypnotisé par son propre reflet, son esprit vagabondant avec une clarté et une précision rare et dont il souhaitait profiter encore, malgré les crocs glacés de la nuit.

Ce monde absurde devait se fabriquer ses propres brassards en cuivre. Cesser d'aménager des pustules obsolètes en taudis conviviaux. Cesser de survivre.
Et entreprendre de bâtir des structures répondant aux besoins du présent.
L'idée du "pacte" était selon l'ancêtre, un pas important vers ce développement et Bobinette et Curieux, lorsqu'il leur soumis, parurent plutôt enthousiastes... à leur manière, c'est à dire précautionneusement enthousiastes.

L'idée était simple : Réunir le plus possible d'éveillés et voter les règles d'un pacte d'entraide et de défense contre les menaces actuelles et à venir.
Le but étant de former une alliance forte, stable, et facilement mobilisable en cas de danger, et d'assurer l'entente cordiale entre les éveillés et les communautés qui s'engagent à respecter le pacte.
Pas de chef, pas de hiérarchie, rien d'autre que le pacte, dont les règles et les sanctions sont votées par chacun des éveillés.

Le vieil humain aux orteils congelés par le froid mordant se releva, lentement, péniblement, soupirant. Son idée simple provoquait des réactions inattendues chez certains et particulièrement les plus anciens éveillés, qu'il jugeait traumatisés par les échecs de précédentes entreprises.
Adressant un dernier regard à son reflet détestable, il tourna les talons et s'éloigna, lentement, péniblement, dans la nuit claire.
Ce brassard allait être plus dur à forger qu'il ne l'avait prévu...
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